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9 mois post-partum… 9 mois pour faire, 9 mois pour défaire (qu'ils disent)

Témoignage d'une prof de yoga sur la matrescence, le corps post-partum et ce que personne ne m'avait vraiment dit


Ma grossesse a été facile… Si on omet les nausées, les douleurs dans la symphyse, la fatigue, le manque de souffle, les hémorroïdes, les nombreux doutes sur l'avenir, les rêves étranges et le reste, elle a été parfaite — et elle s'est clôturée par un accouchement, sinon de rêve, celui que je désirais.

Et pour tout ça, malgré les inconforts et les douleurs, j'étais préparée.


J'étais préparée aussi à l'après : aux nuits courtes, aux lochies, à la possibilité d'un baby blues, à toutes les douleurs possibles de l'allaitement, à la rééducation du périnée et abdominale, au corps qui aurait changé, aux signaux de la dépression post-partum et même de la psychose puerpérale…

J'avais lu, suivi des comptes, écouté des podcasts.

J'étais prête.


Enfin… je croyais.


Parce qu'il y a tout ce qu'on nous dit, tout ce qu'on peut anticiper. Et puis il y a tout le reste — tout ce qu'on ressent.

Et ça, ça ne s'anticipe pas.


Oui, les nuits courtes et le manque de sommeil cumulatif, c'est dur.

Oui, l'incompréhension face à un nourrisson qui pleure, c'est déboussolant.

Oui, il y a un nouvel équilibre, parfois bancal, à trouver à trois.

Mais ce qui m'a finalement le plus percutée, c'est ce que je n'avais pas anticipé. Ce qui me semblait « facile » et acquis.

Ce qui m'a le plus bouleversée, c'est cette transformation profonde, intime, de moi-même.


On appelle ça la matrescence paraît-il — cette métamorphose identitaire que traverse une femme lorsqu'elle devient mère. Et on n'en parle pas assez.


Non, la grossesse et le post-partum, ce n'est pas juste une période de vie. C'est une étape profondément transformatrice — et on ne revient pas à « avant ».

Ni après le congé maternité, ni plus tard.

Finalement, j'ai trouvé les premiers mois plutôt doux. Je craignais ce rôle de mère et, contre toute attente, je m'y sentais bien. Presque en sécurité.


Et puis avril.


Ma fille a 7 mois. Elle débute l'adaptation à la crèche. J'arrête l'allaitement. Mon retour de couches arrive. Mon congé parental se termine. Et mon activité dans le Gard reste une grande inconnue — oui, parce que j'ai aussi changé de département, sinon ce n'était pas drôle.

Et avec tout ça… mon corps qui bouge encore, qui continue de changer.

Mon mental qui essaie de suivre.


Moi qui avais toujours fonctionné en mode « action / réaction », je me suis retrouvée submergée. Par tout ce qu'il y avait à faire :

M'occuper de moi et de mon corps post-partum.

Relancer mon activité.

Avoir le sentiment de devoir faire plus à la maison par souci d'équité.

Me sentir dépendante financièrement.

Organiser mon temps non pas en fonction de mes priorités, mais en fonction du rythme de ma fille.

Culpabiliser. Souvent.

Et avec tout ça… un grand sentiment de solitude.


Parce qu'au fond, tout va bien. Ma fille est un bébé facile. Elle a un papa présent et attentif. Je n'ai pas de grosses séquelles physiques. J'ai eu la chance d'un congé parental plus long…

Alors… ai-je le droit de « me plaindre » ?


Il a fallu apprendre à prendre du recul. À revoir ma manière de penser.

C'est toujours en cours — ça ne se fait pas en quelques jours, ni en quelques semaines.

Mais j'ai réfléchi à ce qui m'a toujours accompagnée, et j'ai remis du mouvement. De manière plus structurée, plus régulière.

J'ai décidé de prendre soin de mon corps — parce que ça me permet de me sentir mieux, moins stressée, plus forte, plus solide. Physiquement, et, par ricochet, mentalement aussi.

Kiné pour la rééducation abdominale post-partum. Ostéo pour la symphyse. Du renforcement. De la course, en essayant de ne pas regarder ma montre.

Dans cette nouvelle approche, j'essaie de laisser de côté la performance — et d'apprécier simplement les ressentis et les évolutions.

Eh bien… ce n'est pas si simple.


Et le yoga dans tout ça ?


On pourrait se dire : « elle est prof de yoga, elle gère le stress », « elle a une routine parfaite »


Spoiler : pas du tout !


Je pensais que mon tapis serait une ancre. Stable, régulière, presque intacte — puisque je faisais le corbeau à 8 mois de grossesse, pourquoi penser l'inverse ?


Ma pratique de yoga post-partum est devenue irrégulière. Parfois très courte. Parfois inexistante.

Et pourtant, elle est devenue encore plus essentielle.


Parce qu'elle me permet, même en 10 minutes, de bouger, de me recentrer, de respirer, de couper avec tout le reste. De revenir à mon corps — ce corps transformé, parfois inconnu.


C'est moins esthétique, moins instagramable.

Mais peut-être plus honnête.

Ma pratique des asanas est moins présente, et pourtant je crois n'avoir jamais été aussi proche du yoga.

Laisser l'ego. Se décentrer. Faire preuve de résilience. L'amour inconditionnel. Se laisser porter. Accueillir l'inconnu. Profiter de l'instant présent…


N'est-ce pas ça, au fond, le principe même du yoga ?


Ces 9 mois m'ont appris qu'on peut se préparer à beaucoup de choses. Mais pas à tout.

Et que ce n'est pas grave.


Parce que c'est aussi dans cet imprévu que quelque chose de profond se transforme.


Pas juste mon corps.

Pas juste mon quotidien.


Moi.

 
 
 

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